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Accueil Paysan : la relation humaine plutôt que le patrimoine

Marie Coupet, animatrice d'Accueil Paysan Languedoc-Roussillon, nous présente le mouvement et sa vision de l'accueil.

Pourquoi Accueil Paysan ?

Marie Coupet : L'accueil à la ferme est apparu il y a une trentaine d'années comme une forme de diversification des activités pour consolider le revenu et permettre le maintien de petites fermes en moyenne montagne.

Les fondateurs d'Accueil Paysan, en 1987 en Rhône-Alpes, voulaient mettre en avant l'accueil et la relation humaine plutôt que l'infrastructure ou le patrimoine. L'association s'est ensuite étendue et aujourd'hui, on nous retrouve partout en France et dans toutes les régions qui composent la zone du Massif Central.

C'est une marque, un label, une reconnaissance officielle ?

MC : Accueil Paysan, c'est une association et c'est un label d'accueil. L'adhésion à un label n'est pas obligatoire pour ouvrir un établissement d'accueil, mais c'est souvent une condition pour obtenir un permis de construire ou des aides à l'investissement. D'autre part, selon les préfectures et les régions, notre association a une reconnaissance officielle qui lui permet de participer aux instances qui font évoluer l'accueil et le tourisme sur le territoire, et d'y défendre la forme d'accueil que nous prônons.

Peut-on démarrer un accueil à la ferme sans avoir de grosse capacité d'investissement, de grosse mise de départ ?

MC : Bien sûr, l'accueil est d'autant plus facile à démarrer qu'on a la structure qui convient : anciens bâtiments de ferme reconvertis, anciens hameaux reconstruits, ou nouveaux bâtiments bioclimatiques avec une grande surface. Souvent, dans ces cas, le paysan retape ou rénove petit à petit, ce qui permet de commencer à accueillir dès le départ et de faire rentrer de la trésorerie. Un savoir faire en construction est indispensable pour minimiser les coûts.

Mais plus on investit (sous réserve qu'on en ait les moyens et l'envie), plus le temps de retour sur investissement sera long et les premières années difficiles. Il y a des formes d'accueil plus légères en investissement, comme le camping à la ferme, ou des formes intermédiaires comme l'accueil sous yourtes, très prisé en ce moment (voir l'interview d'Amélie-les-Bains), qui permettent de limiter la mise de départ. Sauf si l'on cherche à toucher une clientèle particulièrement aisée, il vaut mieux de toute façon limiter les investissements. Le leitmotiv d'Accueil Paysan, c'est : « ne courons pas après le tout-équipement », privilégions la relation humaine.

En combien de temps peut-on avoir une activité rentable en accueil à la ferme ?

MC : Nous considérons qu'il faut 3 ans, c'est-à-dire 3 saisons touristiques, pour se créer une clientèle, que ce soit par le bouche à oreille des personnes qui sont venues au départ ou par une communication avec plus de moyens. Bien sûr, il faut une communication ciblée et il faut profiter des supports de communication proposés par les territoires, le département, les sites internet de référencement en plus de son propre site internet, etc.

Cela veut dire qu'il faut avoir les moyens d'équilibrer son budget pendant les 3 premières années sans compter sur l’intégralité des rentrées liées à l'accueil. C'est aussi une forme d'investissement.

Chez Accueil Paysan, tout le monde est paysan ?

MC : Au sens de « vivre au pays », oui ils le sont tous. Mais tous les adhérents n'exercent pas une activité agricole : nous avons 30 % de non-agriculteurs, que nous appelons acteurs ruraux et qui sont une grande richesse pour notre réseau. La charte d'Accueil Paysan précise que si l'accueillant n'est pas agriculteur (et d'ailleurs même s'il est agriculteur), il doit s'impliquer dans la vie rurale et agricole, connaître son environnement  et pouvoir le faire découvrir aux vacanciers comme s'il était agriculteur. De même, toutes les structures offrant la table paysanne sur le site doivent  évidemment s'approvisionner principalement chez les paysans locaux.

Comment joue-t-on la carte de la solidarité chez Accueil Paysan ?

MC : De manière générale, les accueillants d'Accueil Paysan pratiquent des tarifs très raisonnables, tout en restant rémunérateurs, qui permettent à des familles à revenus modestes de passer des vacances à la ferme et à la campagne. La question de l’accessibilité des structures et de l’équité pour le paysan (activité économique avant tout) est actuellement au cœur des débats au sein du réseau. Certains adhérents d'Accueil Paysan travaillent avec des services sociaux pour assurer aux plus pauvres la possibilité de vacances à prix très bas. Au-delà de cet accueil « social », il ne faut pas oublier que toute une frange de la population française, souvent des classes moyennes, ne part pas en vacances.

La solidarité s’exerce de diverses manières, entre les départements et les régions (présence dans les salons nationaux et régionaux, promotion par le guide et autres moyens de communication). Elle s’exerce aussi au niveau international dans les relations Nord-Sud. En effet nous sommes de plus en plus sollicités par des petits paysans du monde entier qui veulent rejoindre notre réseau. Pour ce faire, des bénévoles du réseau doivent se rendre sur place - la plupart du temps sur leurs fonds propres – pour labelliser ces nouvelles structures.

Propos recueillis par Joseph Le Blanc pour Jeminstallepaysan.

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