Dix ans après leur installation près de Privas (Ardèche), Véronique et Gilles Léon décident de s’associer avec une ancienne stagiaire, sans augmenter le troupeau de chèvres(1). Pour monter le Gaec, qui est né le 1er octobre 2008, que de questions, des plus concrètes au plus personnelles !
Une longue période pour se connaître
C’est pendant son stage six mois que Nathalie nous a donné envie de nous associer avec elle. On a démarré par un « stage reprise » d’un an rémunéré par le conseil régional.
Nos motivations se résumaient à deux choses : s’accorder du temps en dehors de la ferme, (entre autre pour militer), et nous redonner du souffle grâce à l’arrivée d’une personne extérieure. Et pour elle : hors de question de s’installer seule.
Pas de projet sans questionnement
Pendant toute la période de montage du projet, nous nous sommes posé des questions qui ont été fondatrices, et chacune a donné lieu à débat. En voici quelques-unes, sans les réponses, car le plus important est de réfléchir, et les choix pour lesquels nous avons opté restent les nôtres :
- Fallait-il créer un Gaec ou une autre structure ?
- Quel statut allions-nous choisir ? Trois associés, ou deux associés et moi comme conjointe collaboratrice ?
- Qu’allait-t-on gagner sur le plan humain ? Quelle part de liberté allait-t-on perdre ?
- De quel niveau de rémunération avions-nous besoin ?
- L’engagement syndical est-t-il plutôt considéré comme un loisir ou partagé par tous les trois (défense de notre métier), et dans ce cas, à quelle part de rémunération je pourrais prétendre, et à qui reviendraient mes indemnités syndicales ?
- Quelles seraient les parts sociales de chacun dans le Gaec, l’enjeu étant aussi l’investissement moral dans la ferme ?
- En se projetant dans l’avenir, quelle ferme voulions-nous ?
- Quelle place étions-nous prêts à laisser à Nathalie, nous qui étions installés depuis plus de dix ans ?
- Le temps de travail, les compétences et l’expérience de chacun devaient-il être pris en compte dans l’attribution des rémunérations ?
- Les baux, les bâtiments et les terres devaient-ils rester en nom propre ou plutôt passer au nom du Gaec ?
- Comment allions-nous répartir le travail et les responsabilités liées aux différents ateliers ?
Chaque question mérite qu’on s’y attarde. Ensuite dans le fonctionnement, les ajustements sont nécessaires au jour le jour. La communication est le secret d’une association réussie. Une accumulation de non-dits pourrait mener à l’explosion.
L’alchimie est fragile : être complémentaires sans nous opposer, s’apprécier sans être trop proches, et garder le plaisir de travailler ensemble, c’est une attention de chaque instant.
En tous cas, l’aventure est passionnante, et avec deux ans de recul, je sais que pour rien au monde je ne retournerais en arrière.
Véronique Léon, paysanne en Ardèche, membre du comité national de la Confédération paysanne
(1) Le Gaec « Biquette de la Jaubernie » dont l’activité principale est la fabrication de fromages, comporte aujourd’hui un petit atelier volailles, tous les chevreaux sont désormais vendus en direct ou transformés, le nombre de ruches devrait passer de 20 à 50 et la châtaigneraie de 2 à 4 hectares.
Pour tous renseignements sur les avantages et inconvénients des différents statuts : Jacques Bonati, juriste de la Confédération paysanne
jbonati (at) confederationpaysanne.fr