« Être très vigilant sur les relations humaines, c’est un des gages de réussite des associations en agriculture », insiste Chantal Tresserra, conseillère et formatrice à l’Association tarnaise pour le développement de l’agriculture de groupe (1). Entretien.
Percevez-vous une évolution dans les projets d’association en agriculture ?
L’association a de plus en plus la côte, il y a notamment une forte demande de la part de jeunes candidats à l’installation. Ceci s’explique par un accès au foncier très difficile et des capitaux à engager de plus en plus lourds. Une autre raison est le souhait – qui devient une exigence aujourd’hui – de mieux équilibrer sa vie professionnelle et privée.
En particulier dans l’élevage laitier, l’association est perçue comme une solution pour réduire les charges de travail, améliorer les conditions de vie, sortir de l’isolement. Le désir de partager les responsabilités – dans un environnement de plus en plus complexe – est aussi souvent évoqué.
Ce qui me frappe le plus, c’est l’attention portée depuis cinq-six ans sur les relations humaines. Beaucoup de dissolutions ou de sorties de Gaec sont liées à une mauvaise gestion du relationnel. Ce qui est nouveau, c’est qu’on l’exprime et qu’on n’invoque pas de faux prétexte comme par exemple un manque de viabilité économique du projet.
Les relations humaines sont, pour vous, un des principaux obstacles à l’association ?
Il y a de moins en moins de différences entre une société agricole et une entreprise d’un autre secteur d’activité. Et quel que soit le groupe, la façon d’organiser le travail et de mener les relations humaines est déterminante. Pour cela, il faut savoir communiquer. Autrement dit s’exprimer, expliquer, écouter, reformuler, questionner, savoir faire les distinctions entre désaccord et conflit…
À noter que la nécessité de communiquer est souvent perçue de façon différente entre un Gaec familial et un Gaec entre tiers. Dans le premier, les associés sont persuadés de bien se connaître et ressentent moins le besoin de parler. Cela paraît incongru de mettre par écrit des principes pour « mieux communiquer et s’organiser ». Nous pouvons alors observer de nombreux « non dits » et des conflits intergénérationnels, souvent exacerbés par le manque de communication. Par contre, lorsque les membres du Gaec n’ont pas de liens familiaux, ils sont plus vigilants à établir des règles de fonctionnement.
En cas de conflits, il est plus facile pour un Gaec entre tiers de faire appel à la médiation extérieure. Dans les Gaec familiaux, nous devons dénouer les écheveaux fortement imbriqués entre le familial et le professionnel. Mais nous remarquons que les agriculteurs osent de plus en plus faire appel à ce type d’intervention. Souvent, ils sollicitent l’Atag par l’intermédiaire des conseillers, des juristes ou comptables des centres de gestion.
Comment s’y prendre pour installer un bon climat relationnel ?
La constitution du règlement intérieur est un bon outil. Rappelons qu’il est obligatoire dans toute création de société. Il faut simplement dépasser le caractère purement administratif pour en faire un instrument évolutif qui sert de base à une discussion sur le fonctionnement de l’association. C’est une bonne façon de prévenir les conflits. Communiquer n’a rien d’évident mais cela s’apprend. Il y a des formations efficaces, concrètes. Il faut aussi dédramatiser les conflits. Ils peuvent permettre d’avancer et de dépasser des situations de blocage. Travailler en groupe, c’est sans doute plus compliqué mais aussi très stimulant. Et nous regrettons que les organisations professionnelles n’encouragent pas davantage l’installation par l’agriculture de groupe et ne soutiennent pas plus les structures qui oeuvrent dans ce domaine.
Propos recueillis par Cécile Koehler
(1 ) Atag : association indépendante, gérée par des agriculteurs, qui assure des formations, apporte des conseils personnalisés, réalise des médiations...
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