Une agriculture qui respecte le paysan et répond aux attentes de la société
La raison d'être actuelle de l'agriculture paysanne est de promouvoir une agriculture qui répond à l'ensemble des besoins de la société.
- Un besoin alimentaire. Les consommateurs exigent de plus en plus une qualité gustative et sanitaire de leur alimentation. Ils souhaitent être informés des processus de fabrication de leur alimentation.
- Un besoin d'animation du milieu rural. Jusqu'aux années 50, la population agricole représentait plus de 50% de la population rurale (souvent des pluriactifs). Incontestablement, la fonction agricole animait et rythmait la vie rurale.
- Un besoin de biens et services rendus par l'agriculture concernant le cadre de vie, le paysage, la gestion du territoire. Il s'agit d'une attente dans la vie quotidienne, pour les ruraux eux-mêmes, et pour les citadins qui profitent du milieu rural durant leurs temps de loisirs, congés...
- Un besoin concernant la qualité et la diversité du milieu naturel. Il s'agit ici de la fonction écologique de l'agriculture.
L'agriculture paysanne consiste à produire de façon combinée et avec la qualité exigée par la demande sociale, les biens marchands et non marchands concernés.
C'est donc le refus d'une agriculture duale, d'une bipolarisation. C'est également le refus d'une agriculture à deux vitesses, d'un côté une agriculture à vocation exportatrice et de l'autre une petite agriculture à laquelle seraient dévolues les fonctions d'entretien de l'espace rural.
- Elle a une dimension sociale basée sur l'emploi, la solidarité entre paysans, entre régions, entre paysans du monde. Le respect du droit à produire pour chaque paysan et chaque région est fondamental, sinon les plus puissants empièteront sur le droit de vie des autres, ce qui n'est pas gage d'équilibre et d'humanité. L'agriculture paysanne permet à un maximum d'actifs d'exercer la profession agricole.
- Elle doit être économiquement efficace. Elle doit créer de la valeur ajoutée, par rapport aux moyens de production mis en œuvre et aux volumes produits. C'est la condition pour que les paysans puissent vivre avec des volumes de production relativement modestes, condition pour maintenir des actifs nombreux. Cette production économiquement efficace va de pair avec une production de qualité.
- Elle doit respecter les consommateurs et la nature. C'est la contrepartie obligatoire à la contribution de la collectivité au secteur agricole. Il s'agit ici de la qualité alimentaire, des équilibres écologiques, des paysages, de la biodiversité, etc...
L'agriculture paysanne doit permettre à un maximum de paysans répartis sur tout le territoire de vivre décemment de leur métier en produisant sur une exploitation à taille humaine une alimentation saine et de qualité, sans remettre en cause les ressources naturelles de demain. Elle doit participer avec les citoyens à rendre le milieu rural vivant dans un cadre de vie apprécié par tous.
Le développement de l'agriculture paysanne passe au moins par deux conditions:
- Le cadre politique qui au lieu de favoriser l'industrialisation et la concentration, doit soutenir l'agriculture paysanne ;
- Les choix personnels des paysans sur leur ferme : nous avons un espace d'initiative et de responsabilité.
L'agriculture paysanne est une démarche de l’agriculteur
En ce sens, elle ne donne lieu ni à un label ni à une certification. En revanche, elle est circonscrite au sein d’un périmètre indiquant des pratiques agricoles précises, qui constituent alors un ensemble d’indicateurs.
La démarche est le sens, la direction, la boussole ; c'est la ligne d'horizon vers laquelle il faut tendre quelque soit la situation sur sa ferme. Dans la charte, la démarche est matérialisée par les dix principes de l'agriculture paysanne.
Néanmoins au moment où les exigences de la société sont de plus en plus précises, au moment où éclatent les conflits entre un certain type d'agriculture et les citoyens, il est indispensable de définir précisément les contours de cette agriculture qui, en contrepartie de l'aide publique qu'elle reçoit, doit être celle dont la société a besoin. Si nous voulons limiter l'intensification, il faut définir un seuil maximum de chargement UGB/ha, d'azote/ha , de même pour la taille d'atelier par actif etc... C'est cet ensemble d’indicateurs qui forment le périmètre ou l'aire de reconnaissance de l'agriculture paysanne. Dans la charte, cet aspect est matérialisé par les six thèmes la grille d’analyse.
La réflexion autour de l’agriculture paysanne au sein de la Confédération Paysanne et de la FADEAR a abouti à la mise en place d'un travail finalisé par la charte de l'agriculture paysanne et du logiciel qui permet son analyse.
L'agriculture paysanne est une marque déposée par la FADEAR.
La charte de l'agriculture paysanne de la FADEAR
La charte de l'agriculture paysanne constitue un outil d'analyse des exploitations agricoles souhaitant entamer une démarche vers l'agriculture paysanne. La réalisation de cette charte et de son outil informatique est une production nouvelle et importante.
L'utilité de cet outil se situe à plusieurs niveaux :
- Il permet une analyse complète de l'exploitation en mettant en évidence les points sur lesquels il faut progresser en priorité,
- Il peut être un support de formation, de préparation à l'installation, de réflexion au développement ,
- Il peut servir à définir des propositions de politiques agricoles (CTE, réforme de la PAC, diverses formules d'éco ou socio-conditionnalité etc...).
La charte de l'agriculture paysanne est donc à destination des agriculteurs mais également des décideurs et des acteurs du développement agricole.
Utiliser la grille de l'agriculture paysanne
Elle s'articule autour de dix principes : les repères politiques fondamentaux qui doivent orienter les décisions politiques ainsi que les pratiques sur le terrain.
La charte de l’agriculture paysanne est sous-tendue par une grille d'analyse des exploitations agricoles, qui permet de visualiser :
- Ce qui dépend du cadre politique, qu'il faut faire évoluer afin de mettre en place l'agriculture paysanne,
- Ce qui dépend de la démarche des agriculteurs, ce qu'ils peuvent modifier par leurs pratiques.
La grille est répartie en six thèmes qui permettent l'analyse globale à la fois des dimensions sociale, économique et environnementale.
- Pour chaque thème, des critères d'analyse,
- Pour chaque critère, des indicateurs qualitatifs ou quantitatifs qui permettent le diagnostic,
- Pour chaque indicateur une échelle d'évaluation, traduite en points, qui permet : de fixer des seuils de définition du cadre politique (niveau de primes, éco-conditionnalité, socio-conditionnalité), de guider l'évaluation de la démarche.
Pour réaliser un diagnostic Agriculture Paysanne sur votre ferme, contactez votre ADEAR.
L’Agriculture Paysanne à travers le monde
Des organisations à vocation mondiale telles que Agronomes et vétérinaires sans frontières, Frères des Hommes, la Via Campesina et bien d'autres défendent depuis plusieurs décennies l’agriculture paysanne à travers le monde. En effet, en dépit de la croissance économique qu’ont connue certains pays, les conditions de vie des populations rurales et des paysans en particulier ne s’améliorent pas : insécurité alimentaire, pauvreté, dégradation de l’environnement, vulnérabilité sur le plan social, faible poids politique.
- Les agricultures paysannes assurent l’alimentation des populations
- Les productions vivrières sont la priorité des agricultures paysannes.
- Les agricultures paysannes réduisent considérablement la pauvreté et l’exode rural
- Les structures agricoles à dimension humaine sont la base de la sortie de la pauvreté en milieu rural, où se concentre la majorité des habitants de la planète.
- Les agricultures paysannes savent produire plus de manière durable
- L’enracinement des agricultures paysannes dans tous les territoires leur permet de valoriser tout le potentiel des terres agricoles dans leur diversité.