L’exemple de l’ARDEAR du Limousin
- Depuis quand le réseau de tuteurs existe-t-il à l’ARDEAR du Limousin? Pourquoi s'est-il mis en place ?
En 2003, suite à de nombreux appels reçus par la Confédération Paysanne de porteurs de projets souhaitant s’installer en agriculture mais sur des productions ou d’une façon peu classique, l’ARDEAR et la Confédération Paysanne du Limousin décident de mettre en place un outil pour répondre aux attentes de ces porteurs de projets. Une étude sur l’installation progressive menée par la Confédération Paysanne Nationale à ce moment là, identifiait le manque d’accompagnement comme un frein à l’installation, et le réseau de tuteurs comme un moyen de combler en partie ce manque. L’ARDEAR et la Confédération Paysanne convinrent que c’était certainement l’outil le plus adapté à mettre en place d’après notre contexte et nos moyens.
Durant 6 mois, une stagiaire travailla à la mise en place de ce réseau. Environ 25 tuteurs furent identifiés, rencontrés et répertoriés par une fiche permettant d’identifier les compétences à valoriser auprès des porteurs de projet. Le réseau de tuteurs fût ainsi effectif début 2004.
- Quels sont ses objectifs?
Le rôle du tuteur est :
- d’aider à la construction du projet : le tuteur doit d’une part aider le porteur de projet à évaluer les points forts et les points faibles du projet par rapport au territoire choisi, aux besoins de la clientèle, à l’organisation du travail, aux investissements…. D’autre part, il doit l’amener à se questionner sur l’adéquation entre le projet professionnel et le projet de vie.
- de transmettre son expérience : tous les apports du tuteur au porteur de projet concernant la construction du projet professionnel et le projet de vie, sont basés sur son expérience professionnelle, territoriale et sociale. Pour cela, le tuteur doit avoir mis en place la même activité que celle souhaitée par le porteur de projet, le même mode de production (agriculture biologique) ou avoir rencontré les mêmes difficultés que lui (démarches administratives complexes, statut, financement…) ou encore, être sur le même territoire.
- d’ouvrir ses réseaux de personnes-ressources : le tuteur peut aussi partager son carnet d’adresses avec le porteur de projet, de manière à lui faire gagner du temps et lui faciliter ses démarches.
- de faciliter l’insertion du projet dans le milieu rural : par son soutien, le tuteur peut devenir un médiateur entre le porteur de projet et les élus locaux ou la population locale, et ainsi aider à l’insertion du projet dans le milieu rural.
- de suivre le projet jusqu’à sa réalisation et au delà : si la relation qui s’établit entre le porteur de projet et le tuteur le permet, le tuteur peut suivre le projet jusqu’à sa réalisation et même au delà, de manière à éviter les échecs dans les premières années suivant l’installation. On peut même espérer que dans certains cas, émergent de nouveaux projets associant le tuteur et le porteur de projet…
- Quel est son fonctionnement? Avec combien de personnes (accompagnés et accompagnateurs), sur quel territoire?
Dès lors qu’un porteur de projet entre en contact avec l’ARDEAR, l’animateur le rencontre de manière à bien cerner son projet, l’état d’avancement, et bien identifier ses besoins. A l’issu de cet entretien, l’animateur rempli une fiche de renseignements sur le porteur de projet avec les éléments de l’entretien.
Une fois ce travail effectué, l’animateur consulte le répertoire des tuteurs pour trouver celui qui lui semble le plus adapté. L’animateur prend alors contact avec le tuteur, lui dresse un portrait du porteur de projet et lui demande si il est disponible pour l’accueillir. Si la réponse est positive, une rencontre est organisée, si elle est négative, l’animateur essayera de trouver un tuteur aussi adapté et plus disponible.
Au départ environ 25 tuteurs ont été identifiés. Aujourd’hui après des départs à la retraite, des arrêts d’activité et le manque de temps pour renouveler les tuteurs, nous avons 18 tuteurs sur les 3 départements constituant la région Limousin.
- Quels sont les partenaires ?
Nos partenaires sur cette action sont les structures constituant le réseau Agriculture Durable Limousin et qui sont impliquées sur la thématique de l’installation : Accueil paysan Limousin, le GABLIM et la FRCIVAM Limousin. Nous avons pour objectif de développer le réseau de tuteurs en l’étendant d’avantage aux adhérents des autres structures.
- Quel bilan est fait après plusieurs années de fonctionnement?
La mise en place du réseau de tuteurs a permis à l’ARDEAR de rencontrer plus de 65 porteurs de projet en 5 ans. 10 se sont installés, d’autres ont abandonné leur projet d’installation.
Peu ont finalement bénéficié du tutorat au sens où on l’entendait au départ c'est-à-dire en amont de l’installation et sur une période assez longue. Beaucoup ont bénéficié de visites ponctuelles chez les tuteurs (la première rencontre d’une demi-journée organisée par et en présence de l’ARDEAR) mais néanmoins enrichissantes pour les uns et les autres. Les expériences de tutorat qui ont réellement fonctionné ont été lorsque les porteurs de projets avaient déjà leur lieu d’installation. La proximité physique entre porteurs de projets et le tuteur est essentielle. Le tutorat dans ce cas là se traduit par des conseils que le tuteur peut donner au porteur de projet, mais aussi par des coups de main, des prêts de matériel...
Mais ce travail sur le réseau de tuteurs nous a surtout permis d’être reconnu comme structure actrice dans l’installation auprès des acteurs classiques (chambre, JA, ADASEA) mais aussi des collectivités et de l’administration ( DRAF, Conseil régional).
Interview réalisée par Cécile Dussardier, ADDEAR 42, auprès de Sophie Labernadie, ARDEAR Limousin